Le Golfe, nouvelle terre d’expatriation des musulmans francophones

par tsa Algérie le 22 mars 2015 à 11 h 39 min - Zahra Rahmouni  -  31 Mars 2015, 09:00  -  #INFOS INTERNATIONALES, #INFOS NATIONALES

Le Golfe, nouvelle terre d’expatriation des musulmans francophones

Depuis quelques années, ils sont de plus en plus nombreux à quitter la France pour un pays musulman. Le phénomène s’est accéléré ces derniers mois. Les raisons qui poussent les Français musulmans à s’expatrier vers les pays arabes sont nombreuses. Face à la morosité économique que traversent la France et les discriminations à l’emploi que rencontrent ces personnes en majorité d’origine maghrébine, l’expatriation devient une véritable porte de sortie.

Pour aider à mener à bien ce type de projet, des organisations voient le jour. C’est le cas de l’association Hégire dont le but est de faciliter et accompagner l’expatriation des musulmans francophones vers les pays du Moyen-Orient.

À la recherche d’opportunités professionnelles

Ces professionnels qui se confrontent à un plafond de verre en France voient leur double culture devenir un atout dans les pays du Golfe. « Pour la majeure partie, l’expatriation s’effectue principalement pour des raisons professionnelles. Ce sont des gens qui veulent des responsabilités et un métier qui corresponde à leur niveau d’études », explique Khaled Boudemagh, installé à Dubaï depuis sept ans.

En décembre 2009, ce franco-algérien de 37 ans fonde l’association Hégire. Son objectif est « l’information et l’entraide des francophones musulmans déjà établis au Moyen-Orient ou qui souhaitent s’y installer », explique l’ingénieur en informatique, titulaire d’un MBA en business.

Le groupe compte quelques 1300 personnes qui utilisent largement les réseaux sociaux comme Facebook ou Linkedin pour partager des offres d’emploi et de stages ainsi que des informations sur la législation des différents pays. « On a des gens d’un peu partout, Algérie, Maroc, Tunisie, France, Belgique et même du Canada. Nous nous adressons à tous les francophones musulmans qui veulent partir au Moyen-Orient».

La conjoncture politique et l’islamophobie latente en Europe sont également des facteurs clefs favorisant ces départs. « En France par exemple, et en Europe, il est de plus en plus difficile d’être musulman. On a du mal à trouver du boulot, monter des entreprises, signer des partenariats ».

Des destinations attrayantes mais concurrentielles

Dans le monde musulman, les pays du Golfe figurent parmi ceux qui ont la plus grande croissance économique. « Aux Émirats, il y a un souci du travail bien fait. Ce sont des sociétés dynamiques et les opportunités d’affaires sont très importantes ». Mais, même si ces destinations restent attractives, la concurrence augmente et les salaires se tassent prévient Khaled Boudemagh.

Le départ doit être un choix très réfléchi et préparé car les désillusions peuvent être grandes. La maîtrise de la langue anglaise est nécessaire et le coût de la vie est, par ailleurs, très élevé. « Je connais certaines personnes en France qui ont tout quitté. Elles ont fait des économies et sont venues s’installer, parfois même avec femme et enfants….chose qu’il ne faut vraiment pas faire, ce n’est pas si facile que ça ».

Le point positif, c’est qu’un réel tissu associatif se crée autour de la communauté musulmane en France « Les musulmans s’activent pour proposer des initiatives », observe lucidement Khaled Boudemagh. Il cite notamment l’association Renovo qui prépare les jeunes de la communauté musulmane à intégrer de grandes écoles.

Du côté, des pouvoirs publics français, cette fuite des cerveaux vers les pays du Golfe, ou plus généralement vers les pays anglo-saxons, ne semble pas inquiéter outre mesure. L’heure est plutôt à la préparation des élections départementales, dont le premier tour se tiendra ce dimanche et où le FN (extrême-droite) est pressenti en tête avec 30% des intentions de vote.