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(Vidéo)2eme Partie du Micro-trottoir sur l'émission d'M6 "Zone Interdite" avec un bel article de Mohamed Braiki

(Vidéo)2eme Partie du Micro-trottoir sur l'émission d'M6 "Zone Interdite" avec un bel article de Mohamed Braiki

Les médias incendiaires

La prise au dépourvue peut laisser parfois un goût amer. On était habitué aux frasques de la presse sur les terres banlieusardes.
Peut être trop. Mais quand le coup bas tombe ou que le tacle coupe le talon d’Achille, on ne sait pas combien de temps la cicatrisation va prendre.
Le reportage de Zone Interdite diffusé le 12 avril dernier a glissé beaucoup de gens dans la brouille. Elle a révélé des réalités.
Pas celles que l’on attendait. Les spectateurs connaissaient déjà les problèmes : chômage, délinquance, trafic ou quartiers nord de Marseille.
Bien sûr, il y aussi la stigmatisation de l’islam renforcée par les évènements de janvier dernier et les attentats de Charly Hebdo. Le djhadisme est un sujet désormais tendance et "bankable".
L’amertume vient du fait que dans une conférence de presse où l’on va mettre les problèmes des cités sur la table, il y a peu de chances que les journalistes représentatifs de celle-ci soient dans la salle.
Les journalistes viennent très peu en banlieue et paradoxalement quand c’est le cas c’est pour y mettre le feu. Au fil des immersions ou des achats devant les caméras cachées, la presse s’est initiée à la délinquance.
La réalité à laquelle on a été confronté ce dimanche là est celle d’un journalisme trébuchant et qui n’hésite plus à passer la ligne blanche sur la route de la déontologie.
Entre un fixeur payé très cher pour trouver des djellabas,des barbes et des convertis ou une productrice excédée et capable selon certains articles de presse de négocier avec le quartier et ses dealers, la colère et les questions sont attisés sur un charbon.
Le plus préoccupant, c’est le fait que ce ne sont pas les jeunes de banlieue qui ont réagit à cette polémique. Pourtant,
Ils sont les premiers touchés par ces amalgames illustrés avec les images de ces mères de famille présentées comme perdues et laissées pour compte et leurs fils voleurs ou sournois qui ne s’en remettent qu’au deal.
La banlieue est très riche. Bien plus que ne pourrait jamais le croire. En zone périurbaine, les associations et les MJC regorgent et révèlent de nombreux talents.
Il n’y a pas que le rap et le foot. La banlieue, c’est le bitume mais une envie de réussite bien plus forte qu’ailleurs car sortir d’un hall enfumé de cannabis pour poser la pointe d’un stylo sur la feuille d’un CDI, c’est un chemin de croix des plus laborieux.
Dix ans après les Karcher de Sarkosy ou les émeutes, on marche encore sur des terrains minés.
Ce ne sont pas des reportages ratés qui vont provoquer des émeutes comme les poursuites aux fins tragiques. Pendant que les médias grillent les feux rouges, les jeunes de banlieues doivent encore apprendre à maîtriser le rapport de vitesse dans leurs parcours de vie.

Mohamed Braïki

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