Elections en Espagne : Ada Colau, une "indignée" pour diriger Barcelone

par net  -  30 Mai 2015, 20:49  -  #INFOS INTERNATIONALES

PORTRAIT - Rendue célèbre par sa lutte contre les expulsions de familles frappées par la crise, Ada Colau est en passe de devenir la première maire "indignée" d'Espagne après être arrivée en tête aux élections municipales de Barcelone, la deuxième ville du pays.

Elections en Espagne : Ada Colau, une "indignée" pour diriger Barcelone

Une "indignée" à la tête de la capitale catalane. A l’issue des élections municipales dimanche en Espagne, Ada Colau devrait - sauf surprise - être élue maire issue du mouvement Podemos. Un succès de plus et de taille pour cette militante de 41 ans, figure emblématique de la lutte contre les expulsions de familles dans le pays.

"Le désir de changement a vaincu la campagne de la peur, de la résignation, et avec ça c'est nous tous qui gagnons, surtout Barcelone", a lancé, en larmes, Ada Colau aux militants qui, dimanche soir, s’étaient rassemblés dans les rues de la capitale de Catalogne pour fêter la victoire de la liste "Barcelone en commun". Une alliance de plusieurs partis de gauche intégrant notamment la jeune formation antilibérale Podemos, portée par le souffle du mouvement des "indignés" qui avait occupé les places d'Espagne en 2011.

Cette liste "multiconfessionnelle" a obtenu onze sièges, contre dix pour le maire sortant, l'indépendantiste catalan Xavier Trias. Une victoire sur le fil après une campagne ardue pour Ada Colau. Populiste, inexpérimentée, radicale… les critiques ont fusé ces dernières semaines à l’égard de cette femme sans passé politique ni adhésion à aucun parti. Il n’empêche : la militante aux cheveux courts et au visage rond a rallié les suffrages de plus de 176.000 électeurs, faisant de Barcelone le premier bastion des "indignés" - l'un des enseignements à tirer de ces élections espagnoles.

Le fruit d’une carrière menée tambour battant à la tête de la PAH. Cette organisation, qui lutte contre les expulsions de familles surendettées, l'a convertie en héroïne des victimes de la crise. Ce sont elles qui devraient bénéficier des premières mesures prises par la maire : paralyser les expulsions dans la ville, convertir les appartements vides en logements sociaux, forcer les entreprises à réduire les prix de l'eau, du gaz, de l'électricité. Ou encore lancer un revenu minimum de 600 euros pour les familles au bord de la misère. Des familles rencontrées durant sa campagne, dans les quartiers pauvres de Barcelone.

La chasse aux "privilèges"

Ada Colau veut aussi en finir avec les "privilèges". Elle abaissera son salaire jusqu'à 2.200 euros par mois, contre 143.000 euros par an pour le maire actuel. "Le salaire le plus élevé que j'aie jamais touché était de 1.500 euros", a dit récemment celle qui, en jean et tee-shirt, emprunte les transports publics et vit en location avec son compagnon. Une vie simple pour celle qui, quand elle était étudiante en philosophie, avait dû quitter l'université alors qu'il ne lui manquait plus que quelques matières à passer. Objectif, aider financièrement sa famille. Des années plus tard, elle s'apprête à entrer dans les sphères du pouvoir qu'elle a si durement critiqué, avec l'intention de faire de Barcelone le "fer de lance d'un changement démocratique en Espagne et dans le sud de l'Europe". Vaste programme.