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« Mon mari est revenu en me disant : “Il y a un souci. La gérante dit que tu peux rentrer mais que tu dois retirer ton foulard dans les parties communes du camping” », explique Nama, ajoutant que le couple avait réservé à l’avance et qu’il n’y avait jamais eu de problème avec le foulard, mais rien n’y fait. À L’Orée du bois, on n’accepte pas de voile.

« En vingt-cinq ans de camping-car, je n’ai jamais vu ça ! » se désole Nama Mohamed, Française de confession musulmane.
« Vouloir m’obliger à enlever mon foulard alors que la loi m’autorise à le garder ! » Quinze mois après les faits, cette habitante de Dunkerque est toujours affectée par « l’affront » qu’elle dit avoir subi, à l’entrée d’un camping de Dax, en novembre 2013.
« Depuis 1991, on sillonne la France et toute l’Europe. Tout se passe toujours très bien. Il n’y a jamais eu aucun problème », renchérit son mari Abdellatif.

« Refoulés et humiliés, nous avons repris nos arrhes et nous sommes partis » précise Abdellatif Mohamed. « Le pire, c’est que la gérante ne m’a jamais adressé la parole. Elle n’a parlé qu’à mon mari. C’est comme si je n’existais pas. Le couple de camping-caristes qui nous accompagnait avait mal au cœur pour moi », assure Nama Mohamed. « J’avais mal. Pas question de laisser passer ça. Je voulais porter plainte,j’avais 22 de tension. ».

Le parquet de Dax propose une composition pénale, un mode de règlement amiable qui permet d’éviter un procès à l’auteur de l’infraction. Cette fois, c’est « la partie adverse qui refuse », explique l’avocat de Nama Mohamed. Valérie Dussin, la gérante du camping L’Orée du bois, comparaît donc devant le tribunal correctionnel de Dax, pour avoir refusé la fourniture d’un bien ou d’un service en raison de l’appartenance à une religion. Valérie Dussin est finalement relaxée par le tribunal. « Le juge a estimé que le refus n’était pas caractérisé. Si mes clients avaient insisté, si le ton était monté, il y aurait eu refus », explique Me Nicolas Lacomme, qui se dit « surpris » par la décision du tribunal.

Le parquet lui-même interjette appel. L’affaire devait être jugée une seconde fois devant la cour d’appel de Pau, jeudi dernier mais le sera finalement le 21 mai. « Heureusement qu’il y a eu appel. Un camping n’est pas un sanctuaire, comme une école. Si chacun commence à édicter ses propres règles pour vendre un bien ou un service, selon les orientations sexuelles ou religieuses, où va-t-on ? Ça s’appelle faire du tri », appuie Gérard Kerforn, président de la Fédération des Landes du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap).

La prévenue elle, se dit dépassé par les évènements qui ont pris une tournure assez inattendue : « Je ne comprends pas pourquoi je me retrouve devant le tribunal. Je n’ai rien dit d’agressif. Je n’ai rien à me reprocher. Cette dame avait le visage caché. On ne voyait que les yeux et la bouche. »

« Rien que le nez et la bouche ? Ce sont ces dernières déclarations qui nous incitent à rendre publique l’affaire. On ne peut pas laisser passer ça, confirme Gérard Kerforn, du Mrap. Je suis confiant. C’est le même cas que dans l’affaire Fanny Truchelut, condamnée, en appel, en octobre 2008, à deux mois de prison avec sursis et 4 000 euros d’amende pour avoir refusé l’accès de son gîte, dans les Vosges, à une femme portant le foulard. »

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