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Sarkozy acte II : la république identitaire

Sarkozy acte II : la république identitaire

Avant même le congrès du 30 mai, le patron de l’UMP a fait accepter par les militants le nouveau nom des “Républicains”. Un symbole de la stratégie défensive adoptée par l'ancien président, à rebours de sa campagne de 2007.

Ils préfèrent refermer la porte des souvenirs communs. A quoi bon se montrer nostalgiques? “Leur” Nicolas, ce président-comète si prometteur qu’ils avaient tant contribué à faire élire en mai 2007, est en train de se réinventer sans eux. Roselyne Bachelot, Rachida Dati, Franck Louvrier, Henri Guaino, Brice Hortefeux… et surtout Claude Guéant alias le “Cardinal” ont gardé de cette folle course présidentielle d’il y a huit ans le goût des sondages qui grimpent, des formules qui tombent pile, de l’énergie féroce de celui qui, ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac, promettait d’accrocher son rival et chef du gouvernement Dominique de Villepin à un “crochet de boucher” pour avoir donné crédit aux accusations portées contre lui dans la sombre affaire Clear­stream de manipulations de listings bancaires.

2007-2015: tout a changé, ou presque. Elu en novembre dernier président de l’UMP à l’issue d’un retour en politique décidé à la hâte, Nicolas Sarkozy, 60 ans depuis la fin janvier, continue bien sûr de les arroser de “textos” et de solliciter son grognard Hortefeux, son ex-communicant Louvrier, ou son ex-plume Guaino, sur tel ou tel sujet. Mais au 238 rue de Vaugirard, siège parisien de la bientôt défunte Union pour un mouvement populaire, une bande a remplacé l’autre.

Sarko 2, comme Sarko 1, continue de chasser en meute. Sauf que les nouveaux “loups” se nomment Laurent Wauquiez, Nathalie Kosciusko-Morizet, ou Gérald Darmanin, le député-maire de Tourcoing, censé incarner la droite sociale et métissée, du fait de son grand-père harki, ancien tirailleur algérien. L’austère Frédéric Péchenard, ancien directeur de la police nationale, peine à remplacer un autre serviteur de l’ordre public, Claude Guéant, dans le rôle de coordinateur de cette nouvelle équipée sarkozyste.

La rupture n'est plus à l'ordre du jour

Ces anciens de la “Sarkozie” historique se parlent peu. En 2007, tous rêvaient de rupture avec un grand R. En finir avec l’assoupissement de la présidence Chirac, entre 1995 et 2007, faisait office d’urgence absolue. Et “Sarko” jurait vouloir tout chambouler, plaidant pour un modèle plus “communautariste” au sein duquel “l’islam ne se réduit pas à la question du foulard” ou promettant des réformes économiques radicales avec, pour porte-drapeau, le fameux “travailler plus pour gagner plus”.

Huit ans et un quinquennat controversé plus tard, ladite “rupture” n’est plus au menu du retour de leur ex-patron, officialisé le 21 septembre sur TF1. Au contraire : “leur” Nicolas est redevenu le patron d’une droite française au programme aussi régalien qu’ambigu : la République. Une mue que devraient confirmer samedi les militants de l’UMP, réunis en congrès, en acceptant de devenir “les Républicains”, comme la justice française les y a finalement autorisés mardi, malgré plusieurs plaintes associatives. Au risque, comme l’a écrit Le Monde dans un éditorial au vitriol, de faire “de la République un instrument de division et de clivages, quand elle devrait rester celui du rassemblement de tous sur l’essentiel”.

Sarko 1 avait, avant d’être élu chef de l’Etat puis durant son mandat, des cohortes d’ennemis qu’il affrontait “au karcher”, sur le terrain, portant jusque dans les cités sensibles ses coups de menton légendaires. Il pourfendait, pêle-mêle, les caïds du trafic de drogue dans les banlieues, le capitalisme financier, les syndicats accusés de figer la société française.

Sarko 2 n’a, lui, que deux adversaires, si l’on oublie les magistrats qui l’ont plusieurs fois mis en examen et continuent de lui demander des comptes. Le premier est celui qu’il affrontera lors de la primaire de son parti qu’il a finalement consentie à l’automne 2016. Le second est celui contre lequel il espère batailler – s’il se qualifie – pour emporter la prochaine course à l’Elysée, en mai 2017. “Hier, c’était une bataille politique au sens noble, maintenant, c’est un duel de personnes. Lui contre les autres…” peste une conseillère de François Fillon, son ancien premier ministre (avec lequel les relations sont devenues exécrables), son principal rival avec Alain Juppé.

Kidnapping identitaire

Nicolas Sarkozy prétend bien entendu le contraire. Il rit des journalistes qui prédisaient l’échec de son retour, savoure encore sa victoire aux récentes élections départementales de mars, fait mentir ceux qui dénonçaient son autoritarisme en passant des heures à recevoir ses opposants, soigne son image de sexagénaire féru de culture au bras de son épouse Carla Bruni.

A l’UMP, la rédaction du futur programme du parti, promis pour juin 2016, sera confiée à des commissions à partir de juin 2015. Un travail de fond, promet l’entourage de l’ancien président. Lequel a préféré pour l’heure délaisser les terrains économiques et sociaux pour celui des idées et des principes. Avec un seul leitmotiv : se positionner comme “le” défenseur de la République.

Le ton de ce nouveau refrain sarkozyste a été donné le 8 novembre 2014, devant quelques milliers de militants réunis à la Porte de Versailles pour son premier grand meeting de candidat à la présidence de l’UMP. Henri Guaino avait été rappelé pour ce discours refondateur. Résultat: un Nicolas Sarkozy affairé à scander un hymne à la “République”, celle de “Lamartine, Victor Hugo, Clemenceau et de Gaulle”. “Elle est l’expression politique de la nation, contre les communautarismes et contre les corporatismes, émanations des intérêts particuliers […] elle n’est pas soluble dans l’Europe qui doit être celle des nations.” Un kidnapping identitaire éhonté, confirmé par le choix, pour l’UMP, de l’appellation “Les Républicains”. Au point que l’historien Jean-Noël Jeanneney déplore une “indigne captation d’héritage”.

Forteresse

La mue est aussi tactique. Sarko 1, dopé par la conquête du pouvoir suprême, avançait en tête. Seul. Devant. Le visage serré et les muscles bandés par ses joggings quotidiens. “Il était le chef d’une organisation sans faille. Un pur-sang lâché à plein régime”, se souvient, dans La petite fille de la Ve (Ed. Flammarion), son ancienne ministre Roselyne Bachelot. Sarko 2 – à qui la République continue, malgré ses nouvelles fonctions, d’assurer un traitement d’ancien président à hauteur de 2,2 millions d’euros par an – agit plus posément, en chef d’état-major. La composition du bureau politique de l’UMP, composé de plus d’une centaine de personnes, l’a vu donner satisfaction à tous les courants, tout en poussant ses pions. “Napoléon a remplacé Bonaparte”, aime, dit-on, plaisanter Dominique de Villepin, biographe de l’empereur. Avant d’ajouter, perfide: “Mais gare au syndrome des Cent-Jours et de Waterloo…”

Priorité de ce Sarko-là: reconquérir les militants, réunir ce parti qui était au bord de l’implosion. En choisissant pour le fédérer des cibles très médiatiques, comme la dénonciation des repas “halal” dans les cantines scolaires, ou l’indignation face la récente réforme des collèges portée par la ministre Najat Vallaud-Belkacem, sa bête noire. En appelant à chaque fois la République à la rescousse.

“Je me souviens de Sarkozy à la Grande Mosquée de Paris, venant rompre le jeûne du Ramadan en octobre 2007, nous expliquait récemment l’avocat musulman Chems-Eddine Hafiz. Aujourd’hui, quel est le projet?” Peu connaissent la réponse.

Dans une France qui doute, gangrenée par le Front national et la perspective de voir Marine Le Pen au second tour de la présidentielle 2017, la république identitaire, version Sarkozy 2, est en fait avant tout une stratégie défensive, conçue par l’intéressé tel un pont-levis qu’on redresse face aux vagues électorales du FN. La Sarkozie était, hier, une ambition française, avec force promesses, ouverte sur l’extérieur. La Sarko-République, elle, a plutôt l’allure d’une forteresse.

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