Des emails d’Hilary Clinton révèlent les dessous de l’intervention française en Libye

29 Juin 2015, 15:47  -  #INFOS NATIONALES

Des emails d’Hilary Clinton révèlent les dessous de l’intervention française en Libye

Le site d’investigation français Mediapart révèle, ce dimanche 28 juin, des informations sur l’intervention militaire française, tirées de courriels destinés à l’ancienne Secrétaire d’État des États-Unis, Hilary Clinton, désormais candidate à l’élection présidentielle américaine de 2016.

Intérêts économiques, le rôle controversé de Bernard Henri Levy (BHL), intervention des services secrets français et exécution du dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi… Décryptage des principaux enseignements.

Redorer le blason de l’armée française…

L’intervention militaire occidentale menée par la France répondait, officiellement, à la volonté de protéger la population de Benghazi, ville de l’est libyen, menacée par l’armée du Guide Kadhafi, rappelle le site d’investigation. Officieusement, ce n’était pas la seule raison.

En effet, un des emails destinés à Hilary Clinton note que le président, Nicolas Sarkozy, voulait redorer le blason et restaurer le prestige de l’armée française, selon la même source.

C’était une occasion pour réaffirmer la place de puissance militaire, indiquent les documents rapportés par Mediapart.

Dans le même temps, une intervention militaire se justifiait, pour la France de Sarkozy, par la possibilité de se placer en vue d’obtenir des avantages économiques et des contrats pour les entreprises françaises, relève Mediapart.

À ce titre, la visite de grands patrons français, à l’image du patron de la compagnie pétrolière Total, ses homologues d’EADS (Airbus) et de Vinci (construction), illustre parfaitement cette volonté, toujours selon le site français.

Ces chefs d’entreprises, réputés proches de Sarkozy, arrivaient en avion puis repartaient « discrètement » par route vers l’Égypte, escortés par des éléments paramilitaires de la Direction générale de la sécurité extérieur (DGSE).

Des emails d’Hilary Clinton révèlent les dessous de l’intervention française en Libye

Les éléments de la DGSE ont rencontré à l'époque ceux qui allaient devenir les futurs-dirigeant sdu CNT, Mustapha Jalil et le Général Abdelfattah Youès, selon un email adressé à Hilary Clinton.

Les agents français ont fourni des conseils et de l’argent à ces cadres du CNT, dans le but d’appuyer la création de cette formation politico-militaire.

Mieux, les agents de la DGSE disaient travailler sous les ordres de Nicolas Sarkozy et ont assuré les leaders libyens que la France reconnaîtrait le CNT comme gouvernement de la Libye, selon la même source. En échange, le CNT s’engageait à octroyer à la France des avantages conséquents dans le domaine pétrolier.

La lettre du CNT révélée par le quotidien français Libération, tend à confirmer cette hypothèse : 35% du pétrole libyen contre le soutien total de la France.

Inquiet de la montée des islamistes, le président Sarkozy a envoyé le richissime « philosophe », Bernard Henry Levy (BHL) pour s’enquérir de la situation. BHL qui, officiellement, s’y est rendu à titre personnel, pour soutenir la liberté et la démocratie, était en réalité envoyé par Sarkozy comme informateur, selon la même source.

Les services secrets occidentaux et donc français, connaissaient le sort qui allait être réservé à l’ancien leader libyen : « une exécution sommaire », selon les documents. En effet, les dirigeants de l’Armée rebelle libyenne, essentiellement composée de milices régionales, avaient donné leur accord pour livrer les dirigeants libyens afin qu’ils soient jugés par la Cour pénale internationale.

Cependant, ces mêmes milices avaient clairement signifié que Kadhafi ferait office d’exception. Son assassinat était programmé et planifié, ce qui ne semble pas avoir dérangé les dirigeants occidentaux, notamment Nicolas Sarkozy, qui a « tout fait pour renverser le régime de Kadhafi », rapporte Mediapart. Le mandat des Nations unies se limitait pourtant à la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne.

Par ailleurs, la partition de la Libye aurait également été planifiée par la France : « Les officiels français (et britanniques, NDLR) ont passé des accords informels avec le premier ministre, Mahmoud Djibril, et ses conseillers avant de voir ces accords ignorés ou retardés quand le gouvernement a changé en octobre 2011 », selon les mêmes documents.

Face à ce blocage, la France et la Grande-Bretagne auraient projeté « d’organiser le mouvement vers un État semi-autonome dans un système fédéral », toujours selon ces documents qui citent des sources à la DGSE et au SIS (services britanniques).

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