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Le juge Trévidic. « La religion n'est pas le moteur du jihad »

Terrorisme ? « Pire qu'avant ». Loi sur le renseignement ? « Un raté ». Alors qu'il quitte le pôle antiterroriste après 15 années (*), le juge MarcTrévidic dresse un inquiétant bilan sur les menaces, et les réponses qui leur sont apportées.
Le juge Trévidic. « La religion n'est pas le moteur du jihad »

Quelle est la situation aujourd'hui, alors que vous quittez le pôle antiterroriste ?

Elle est pire qu'il y a dix ans. Et même pire que lorsque j'ai débuté au parquet en 2000. Qu'est ce qui a changé ? Le nombre de personnes atteintes de délire jihadiste est exponentiel !
La population concernée est plus jeune, plus diverse et aussi plus imprévisible, avec des personnes qui sont à la limite de la psychopathie... mais qui auraient été dangereuses dans tous les cas, avec ou sans djihad (...).
Avant, nous avions un groupe puissant en Afghanistan. Aujourd'hui, il est proche de nos frontières. Il y a aussi la facilité avec laquelle reviennent certains combattants.
Et on ne savait même pas qu'ils étaient partis ! C'est le cas, à vue de nez, pour un retour sur cinq. Et, depuis un an, on constate de plus en plus de retours.

Vous affirmez que le jihadisme est devenu « un phénomène de mode » ?

Oui. Ceux qui partent faire le jihad agissent ainsi à 90 % pour des motifs personnels : pour en découdre, pour l'aventure, pour se venger, parce qu'ils ne trouvent pas leur place dans la société... Et à 10 % seulement pour des convictions religieuses : l'islam radical. La religion n'est pas le moteur de ce mouvement et c'est ce qui en fait sa force.
C'est pour cette même raison que placer la dé-radicalisation sous ce seul filtre ne pourra pas fonctionner.

Faut-il s'inquiéter de ces retours de jihadistes en France ?

Clairement, les services n'ont pas les moyens de faire le tri pour savoir qui est réellement dangereux, ou pas. Les enquêtes ne sont pas assez longues, et il n'y a pas assez d'enquêteurs pour les suivre.
Le gouvernement vient pourtant d'allouer de nouveaux moyens humains aux services du renseignement ! Et une loi leur donne aussi un nouveau cadre, avec un recours simplifié à des méthodes intrusives...
Il faut arrêter de croire que c'est le renseignement, acquis grâce à des écoutes/sonorisations/balises administratives, qui permet d'arrêter les terroristes ! Seul, le judiciaire permet d'interpeller.
Savoir qu'untel risque de passer à l'acte ou stocke des armes chez lui, grâce à une écoute administrative par exemple, n'a aucune valeur judiciaire. Une information n'est pas une preuve !
On n'envoie pas en prison, on ne débarque pas chez quelqu'un sur un simple renseignement.
C'est la base de notre droit.
Quand on touche aux libertés individuelles, il y a des règles à respecter.
Demain, si un service de renseignement me dit que vous êtes un dangereux terroriste qui projette de poser une bombe, devrais-je croire ce service sur parole, sans aucun élément ?
C'est pourtant la tendance qui se dessine. Aujourd'hui, on demande à des procureurs et à des juges des libertés d'accorder leur feu vert à des opérations sur la base d'un procès-verbal de quatre lignes !
C'est ça ou prendre la responsabilité d'un éventuel attentat ! C'est ce chantage qui est de plus en plus souvent exercé.
letelegramme.fr, par Hervé Chambonnière

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