L'islam et les médias : cet acharnement sans gêne

L'islam et les médias : cet acharnement sans gêne
Rokhaya Diallo Militante associative, éditorialiste
Rokhaya Diallo Militante associative, éditorialiste

La une du "Point" daté du 1er novembre :

"Cet islam sans gêne", a suscité la controverse.

Rokhaya Diallo, éditorialiste et auteur de "A Nous la France", la met en perspective avec d'autres couvertures de magazines, ainsi qu'avec une série de faits divers dont l'écho médiatique fut très faible

"Cet islam sans gêne", "Les convertis d’Allah", "Le spectre islamiste", "La peur de l’islam", "Islam : ces vérités qui dérangent", "L’Occident face à l’islam", "Les islamistes et nous", "Pourquoi l’islam fait peur"... Ces deux dernières semaines, les unes du "Point" et de "Valeurs Actuelles" sont venues allonger la liste de ces titres anxiogènes qui se sont succédé ces derniers mois en couverture de grands hebdomadaires d’information français [1].

Généralement accompagnés d’angoissantes photos représentant d’immenses minarets, des hommes très barbus ou des femmes recouvertes de larges pans de tissus, elles semblent problématiser l’existence même d’un islam présenté sous un aspect exagérément violent et folklorique, comme s’il s’agissait d’un ensemble de pratiques étrangères à la France.

L'islam, seule religion traitée ainsi

"Le Point" et "Valeurs Actuelles" – regrettant sans doute ces temps mythologiques où les musulmans baissaient la tête et rasaient les murs – semblent estimer que certains fidèles de l’islam devraient être gênés d’oser pratiquer ouvertement leur religion en France. Car ce n’est pas l’extrémisme que ces magazines pointent du doigt, mais bel et bien l’Islam.

L’islam est la seule religion dont la forme intégriste est désignée par un dérivé de son nom ("islamisme"), comme si le mal lui était intrinsèque (on parle de chrétiens intégristes, de juifs extrémistes et non de "christianistes" ou "judéistes"). Par conséquent, il est très commun d’user des vocables de "musulmans modérés" pour désigner les musulmans non extrémistes. Le fait de n’être "que" musulman induirait-il implicitement un manque de modération ?

Une remise en cause permanente de la légitimité des musulmans

Les "islamistes", alors qu’ils sont largement minoritaires parmi les cinq à six millions de musulmans de France, sont les seuls extrémistes à faire l’objet d’une telle attention, alors que la multiplication des agressions racistes ciblant les musulmans n’apparaît jamais en une. Dernièrement, à quelques jours d’intervalle, un homme a brandi un fusil devant une mosquée près d’Annecy, le jour d’une célébration religieuse, et une adolescente marseillaise a reçu des coups de bâtons d’un homme parce qu’elle portait un niqab, sans que cela ne suscite aucun émoi politique ou médiatique.

Lorsque seule et en pleine rue, la militante pro-Palestine Houria Bouteldja est la victime d’une agression filmée, diffusée sur Internet et revendiquée par la Ligue de Défense Juive (LDJ) – groupe extrémiste pourtant interdit en Israël et aux Etats-Unis – point d’intervention du ministre de l’Intérieur. Quelques semaines auparavant, la LDJ avait déjà agressé d’autres militants pro-palestiniens sans que la presse ne s’en saisisse. Imagine-t-on un instant qu’en réaction à ces agissements extrémistes, la une du "Point" dénonce en lettres capitales "ce judaïsme sans gêne" ?

De même, quand la revue satirique "Charlie Hebdo" s’achète à peu de frais une posture de rebelle en faisant valoir sa "liberté d’expression" une fois de plus au détriment des musulmans – déjà largement ciblés par les articles offensants –, on est en droit de s’interroger sur les motivations de ce choix très opportun.

Confrontés à cette surexposition négative, les musulmans sont placés dans une remise en cause permanente de leur légitimité, matérialisée par ce message implicite : "Vous n’êtes pas chez vous, vous n’êtes pas comme nous". Or comment désigner cet enchaînement de propos ou attitudes hostiles à l’islam répétées de manière continuelle par tous les médias ? N’est ce pas la définition même du harcèlement ?

Par Rokhaya Diallo

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