BLACK DANDY, UNE BEAUTÉ POLITIQUE

15 Juillet 2015, 12:17  -  #SOCIETE

BLACK DANDY, UNE BEAUTÉ POLITIQUE

L’ÉLÉGANCE MADE IN BLACK

Ils sont des précurseurs, une, la nouvelle élite de l’élégance.

Du télescopage textile à la sobriété classieuse, de la fripe à la griffe de luxe, entre vintage et futurisme, le « black dandy » bat désormais la mesure des podiums. Et cela de moult pays d’Afrique (Ghana, Nigeria, Congo, Afrique du Sud, Namibie, etc.) aux quartiers noirs de New York et aux grandes capitales européennes. Chez le « black dandy », le look rime avec dignité, revendications identitaire et politique. « Le black dandy s’est réapproprié une esthétique qui, d’un point de vue culturel, a quelque chose d’accidentel. Il est radicalement en rupture avec les codes de la mode en faisant appel à ses propres racines et aux influences occidentales ».

Le look dandy se raconte à travers une rencontre dramatique de l’Afrique avec l’occident (colonisation, décolonisation, esclavage, émancipation, apartheid) avant d’évoluer au sein de la culture hip-hop et de faire écho au développement du continent africain. « Aux États-Unis, le ‘black dandysme’ permet de briser le cliché ghetto et en Afrique, de rompre avec le misérabilisme attaché à l’homme noir. La jeune génération fait aujourd’hui preuve d’une inventivité qui créé un rapport très singulier à l’élégance », indique Laurent Lunetta.

BLACK DANDY, UNE BEAUTÉ POLITIQUE

Une déclaration d’indépendance

A Londres, on suit le styliste ghanéen Ozwald Boateng ou les créateurs du blog « Street Etiquette ». À Paris, les sapeurs Congolais comme Bachelor font leur show. Il affirme qu’il ne tombe jamais malade grâce à son élégance. À Johannesburg, des jeunes de townships comme Alexandra ou Soweto arborent leur look dandy en chantonnant « I no be gentleman at all, I be Africa man original », paroles du titre « Gentleman » de feu Fela Kuti. « On peut dire qu’il y a de plus en plus de créateurs et une vitalité absolument remarquable en Afrique, mais ce n’est pas non plus le signe le plus évident et le plus sûr du développement économique et d’un partage égale des richesses, selon moi », nuance Pap Ndiaye, historien.

Et de citer pour exemple la jeunesse des townships sud-Africains, comme les « Izi Khotane » qui, au-delà d’une protestation à travers le style contre la corruption de l’ANC et les élites au pouvoir, fait aussi preuve d’un désenchantement et d’une forte déception.

« Tout cela fait écho à l’époque postcoloniale. Quand on sort du monde colonial, on ne se libère pas forcément de ses chaînes », poursuit Pap Ndiaye.

L’élégance est sublimée mais n’est pas seulement une esthétique. Elle traduit aussi un nouveau rapport au monde, à l’identité,le dandysme africain, « afro-mondiale » et « black » est une sorte déclaration symbolique d’indépendance .

Comment se magnifier avec quelque chose qui vous a opprimé ? Une question à laquelle le « black dandy » semble avoir réussi à répondre.

BLACK DANDY, UNE BEAUTÉ POLITIQUE
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