Algérie/économie : l’Algérie est-elle prête pour le choc à venir ?

par Source : TSA Algérie  -  19 Août 2015, 10:30  -  #INFOS INTERNATIONALES

Une économie de rente pétrolière finissante ?

Une économie de rente pétrolière finissante ?

L’Algérie se dirige vers une crise économique grave. C’est ce que les indicateurs économiques annoncent. Les cours du pétrole sont en chute constante depuis près d’un an. Fin août 2014, le baril de Brent se vendait à 103 dollars. Aujourd’hui, il est en dessous de 50 dollars, sans montrer le moindre signe de redressement. Pire : si la prévision de la Banque mondiale s’avère juste, le cours du baril de pétrole s’établira à 40 dollars dès 2016 suite à l’afflux massif de pétrole iranien sur le marché. Un chiffre proche du prix de référence du baril à 37 dollars établi par le gouvernement algérien dans sa loi de finances.

Des indicateurs au rouge

L’Algérie n’est même pas encore entrée dans le dur de la crise économique mais, déjà, les premiers signes du choc à venir commencent à apparaître. Le dinar est en déroute. Il a franchi pour la première fois de son histoire la barre des cent dinars pour un dollar le 20 juillet dernier. Depuis, il ne cesse de battre son propre record à la baisse. Le Fonds de régulation des recettes (FRR), l’épargne qu’a amassée l’Algérie durant la belle époque où le baril était au-dessus de 100 dollars, a perdu plus de 1000 milliards de dinars depuis mars 2014. Signe que le colossal déficit budgétaire de l’Algérie devient intenable face à la chute des cours du pétrole.
Les réserves de change de l’Algérie, qui permettent de garantir les importations, étaient à 160 milliards de dollars en mars dernier, après avoir diminué de vingt milliards de dollars durant les trois premiers mois de l’année 2015. Au mieux, l’Algérie a donc en réserve l’équivalent de deux ou trois ans d’importations, avant que le FMI ne vienne frapper à la porte.
Face à la crise qui s’annonce, l’Algérie est-elle outillée ? TSA recense les points forts et les points faibles de l’économie nationale.

Les points faibles

Une production locale très faible.
C’est l’une des grandes faiblesses de l’Algérie. Le pays ne produit que très peu. Et contrairement à une idée reçue, les produits algériens ne sont pas compétitifs : soit ils sont de mauvaise qualité soit ils sont de bonne qualité mais trop chers comparés aux produits importés. Le pays est donc condamné à importer massivement pour couvrir ses besoins au moins pendant encore quelques années. Des importations qui s’élèvent à 60 milliards de dollars par an.
Une économie très peu diversifiée.
L’agriculture n’est pas développée, le tourisme quasi inexistant, le secteur des services est minuscule. Hormis les hydrocarbures, l’Algérie n’exporte rien car elle ne produit pas assez et que la bureaucratie est suffocante. Les revenus hors hydrocarbures sont donc dérisoires. L’Algérie n’a pas profité de la manne pétrolière pour diversifier son économie, comme l’ont fait les pays du Golfe par exemple. La diversification de l’économie n’est pas une mince affaire. C’est un processus long qui nécessite plusieurs années de travail.
Des relations difficiles avec les investisseurs étrangers.
L’arrogance du pouvoir algérien durant la période d’opulence, l’absence de transparence, l’instabilité juridique avec les changements dans la loi, la déstabilisation des projets et les méthodes d’intimidations qu’ont subies les entreprises étrangères (le cas Orascom avec Djezzy) ont fini par achever la volonté des investisseurs les plus motivés. Il sera très difficile de les convaincre de revenir maintenant que les caisses du pays se vident.
Un gouvernement en panne d’imagination et de courage.
Au-delà des problèmes « techniques », le drame de l’Algérie est dans l’absence de volonté du gouvernement de prendre le taureau par les cornes. Malgré l’ampleur de la crise économique à venir, le gouvernement semble toujours incapable de prendre les décisions nécessaires pour affronter le choc.
Le gouvernement continue d’agir à coups de petites décisions dont l’impact reste relativement marginal. Il a par exemple décidé ce lundi le gel des projets d’équipements non lancés. Dans le même temps, les dépenses démesurées de fonctionnement de l’État continuent. Il est pourtant crucial que l’État réduise son train de vie au lieu de s’attaquer aux investissements. Le gouvernement peine aussi à s’attaquer au gaspillage en ciblant les subventions.

Les points forts

Très faible endettement extérieur.
C’est l’un des points forts de l’Algérie face à la crise économique. L’Algérie n’est que très peu endettée (moins de 500 millions de dollars) vis-à-vis de l’étranger. Au milieu des années 2000, profitant de l’embellie pétrolière, l’Algérie avait décidé de rembourser par anticipation sa dette extérieure. Aujourd’hui, cette position constitue un atout face à la crise.
Des réserves de change encore confortables.
Avec des réserves de change de près de 160 milliards de dollars et un Billet vert solide face aux autres devises (ce qui augmente le pouvoir d’achat de l’Algérie), le pays peut encore importer pendant plus de deux ans au rythme actuel (60 milliards par an). Ce qui laisse un peu de temps au gouvernement pour mener de vraies réformes.
Un secteur informel important.
C’est paradoxalement un atout en temps de crise. Le gouvernement s’est attaqué à l’économie informelle, une aubaine représentant plus de 40 milliards de dollars selon les estimations. Il a mis en place l’obligation de paiement par chèque pour les transactions dépassant le million de dinars. Il a surtout établi l’amnistie fiscale, un dispositif permettant aux acteurs de l’informel de régulariser leur situation en échange d’une taxe forfaitaire libératoire au taux de 7 %. Le gouvernement peut espérer récupérer une bonne manne et surtout réinjecter plusieurs milliards de dollars dans l’économie formelle.

Par Yacine Babouche sur TSA Algérie