Syrie : la volte-face de Laurent Fabius..et du gouvernement socialiste ?

  • TSA Algérie dimanche 29 novembre 2015 | De Paris, par Pierre Morville
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Syrie : la volte-face de Laurent Fabius..et du gouvernement socialiste ?

Surprise ! Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères, a déclaré, vendredi, envisager que les forces du régime de Bachar el-Assad rejoignent la coalition qui lutte contre Daech.

Le chef de la diplomatie syrienne, Walid Mouallem, a salué, peut-être avec un peu d’ironie, la volte-face de son homologue français qui envisage pour la première fois que « des forces du régime » syrien puissent être associées à la lutte contre les djihadistes de l’État islamique.

« Mieux vaut tard que jamais. Si Fabius est sérieux concernant l’idée de travailler avec l’armée syrienne et avec les forces sur le terrain qui combattent Daech, alors nous saluons » cette position, a déclaré Walid Mouallem lors d’une conférence de presse à Moscou avec son homologue russe Sergueï Lavrov. « Mais cela nécessiterait un changement fondamental dans leur manière de gérer la crise », a-t-il néanmoins ajouté.

Le chef de la diplomatie française, après avoir longtemps été le porte-parole de la ligne « Ni Bachar, ni Daech », a donc pour la première fois envisagé, vendredi, que les forces du régime syrien puissent être associées à la lutte contre le groupe djihadiste État islamique, alors que la France avait rompu toute relation diplomatique avec l’État syrien depuis 2012.

Pour lutter contre l’EI, « il y a deux séries de mesures : les bombardements (…) et des forces au sol, qui ne peuvent pas être les nôtres, mais qui peuvent être à la fois des forces de l’Armée syrienne libre (opposition), des forces arabes sunnites, et pourquoi pas des forces du régime et des Kurdes également bien sûr », a précisé le ministre des Affaires étrangères à la radio RTL.

Alors que Moscou a directement mis en cause la Turquie, l’accusant jeudi de ne rien faire pour freiner la contrebande de pétrole à ses frontières qui permet à l’EI de se financer, Laurent Fabius s’interroge également sur les soupçons qui pèsent sur la Turquie, son allié dans l’Otan, dans la revente du pétrole exploité par Daech : « Il y a des camions qui partent depuis toute une série de territoires contrôlés par Daech et qui – c’est notre constatation – vont vers différentes directions », dont « la Turquie », a observé le chef de la diplomatie française. « Le gouvernement turc nous dit : Moi, je ne suis pas au courant ».

Les déclarations de Laurent Fabius interviennent également le jour même d’un voyage en Russie du président français au cours duquel Paris et Moscou ont décidé de « coordonner » leurs frappes aériennes en Syrie contre les djihadistes de l’EI.

« Le terrorisme a un nom, c’est Daech », « notre ennemi commun » : c’est par ces mots que François Hollande, en arrivant au Kremlin, a débuté sa rencontre avec Vladimir Poutine. Après s’être mutuellement présentés leurs condoléances pour leurs pertes civiles dues au terrorisme djihadiste (224 morts lors du crash dans le Sinaï de la compagnie russe Metrojet et les 130 décès des attentats de paris), les deux présidents sont rapidement arrivés sur un accord en trois points : « L’augmentation des échanges d’informations et du renseignement », l’intensification « des frappes contre Daech, notamment sur le transport du pétrole » qui va de pair avec une bonne coordination, afin d’« éviter les doublons ou… les incidents », a précisé Vladimir Poutine. Enfin, « les forces luttant contre Daech ne doivent pas être visées par nos actions », a poursuivi François Hollande.

La Russie s’abstiendra-t-elle de viser les troupes de l’opposition syrienne modérée ? Sans confirmer que ces derniers ne seraient pas ciblés par l’aviation russe, Vladimir Poutine a déclaré que la Russie allait « échanger des informations concernant les zones où se trouvent l’opposition saine, et non pas terroriste, et s’abstenir de les viser », comme cela avait été le cas depuis le début des bombardements russes, fin septembre.

Les poignées de mains étaient plus longues d’habitude, sourires et tutoiement étaient de rigueur. Un sacré changement après la longue période glaciaire qui a caractérisé les relations franco-russes, notamment depuis les tensions entourant l’affaire ukrainienne.

De la tournée diplomatique de François Hollande, longue d’une semaine et qui s’achève dimanche par un déjeuner avec le président chinoix Xi-Jinping à l’Elysée, le bilan reste à ce jour contrasté. Au niveau du Conseil de sécurité des Nations Unies, a certes été votée vendredi dernier à l’unanimité une résolution assez ouverte qui permet d’utiliser tous les moyens possibles dans la lutte contre Daech.

Vis-à-vis des chefs d’États rencontrés, le rendez-vous avec Poutine reste peut-être le plus fructueux malgré un contexte très délicat, celui de l’avion de chasse russe abattu au dessus de la Syrie par l’armée turque. Le reste de la tournée diplomatique fut plus en demi-teinte.

Après avoir déclaré « Nous sommes tous français », Barak Obama est resté très prudent sur les engagements américains. François Hollande aurait pu faire publiquement appel à l’article 5, de solidarité militaire, du traité de l’Atlantique Nord. Il ne l’a pas fait pour ne pas mettre Barak Obama en porte à faux.

Il a en revanche fait référence à plusieurs reprise à l’article 42-7 « d’assistance mutuelle européenne » pour placer les Européens devant leurs responsabilités. Sans grand succès à ce jour sauf avec David Cameron. Le Premier ministre britannique a apporté lundi son soutien à François Hollande mais il a dû présenter, jeudi devant le Parlement, ses arguments afin d’étendre à la Syrie les bombardements que la Royal Air Force mène contre le groupe État islamique en Irak. Il n’est pas sûr d’obtenir une majorité sur ce point : « Le contexte britannique est fortement marqué par le retrait des troupes britanniques d’Afghanistan, ainsi qu’une aversion à la guerre qui découle des aventures militaires de Tony Blair et plus récemment de l’intervention libyenne en 2011. Elle se fait ressentir à travers la société britannique et jusqu’au Parlement, qui a refusé l’intervention que David Cameron souhaitait lancer en Syrie en août 2013 », rappelle Olivier de France de l’IRIS.

L’Italie et l’Espagne (en pleine campagne électorale) restent aujourd’hui, en retrait.

Modeste soutien également de l’Allemagne : la chancelière Angela Merkel a annoncé le déploiement de plusieurs avions de reconnaissance, mais le pays ne participera pas aux bombardements contre l’organisation État islamique. Le gouvernement allemand est surtout soucieux de réguler le flot des réfugiés syriens vers l’Europe. Un sommet Turquie-Union européenne (UE), avec la participation du Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, se tient dimanche 29 novembre à Bruxelles, avec pour but de finaliser le plan d’action que les Vingt-Huit souhaitent conclure avec Ankara. Il s’agit surtout de convaincre la Turquie, qui héberge plus de 2 millions de réfugiés syriens sur son sol, d’empêcher leur départ vers l’Europe. Quitte à beaucoup sourire à Recep Erdogan et à en payer le prix : les 3 milliards d’euros supplémentaires que les Européens sont prêts à débourser pour aider les Turcs à faire face à l’afflux de réfugiés sur leur sol.

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