Interview / Soria Zeroual : Une femme, une maman de nos quartiers, devenu l'héroine d'un film et qui avait même été nominée aux césars !

par A . Dadi  -  23 Février 2017, 14:57  -  #INFOS NATIONALES

Soria Zéroual est native de Batna ( Algérie), elle est issue d'une famille nombreuse de dix enfants et poursuivra ses études jusqu'a l'âge de 15 ans.


C'est en 2002 qu'elle arrivera en France à Givors ( banlieue lyonnaise), maman de trois enfants, elle travaille comme femme de ménage pour subvenir aux besoins du foyer.


En 2015 qu'elle deviendra l'héroïne du film " Fatima " du réalisateur Philippe Faucon et sera nominée aux Césars dans la catégorie de la meilleure actrice, le film obtenant le césar du meilleur film.


Philippe Faucon voulait pour l'interprétation du rôle principal, celui d'une mère de famille maghrébine parlant mal le français, une actrice non professionnelle.


Lors d'un casting se déroulant à Vénissieux, elle qui avait incité des copines du quartier à venir y participer, donnant ainsi un coup de main à son frère qui avait été contacté par la production pour l'aider à trouver des candidates au rôle...


...Soria Zéroual alors qu'elle n'y pensait pas pour elle mais plutôt peut être, pour l'une de ses amies, obtiendra après plusieurs étapes le rôle.


Elle revient lors d'une interview de l'AFP, sur cette belle aventure.

Interview flashback :

Soria Zéroual dans le rôle de " fatima " du réalisateur Philippe Faucon

Soria Zéroual dans le rôle de " fatima " du réalisateur Philippe Faucon

Depuis cette parenthése enchantée, Soria Zéroual a repris ses ménages et n'a pas quitté la banlieue de Givors (69700) près de Lyon.


Une année est passée depuis la cérémonie des césars, à l'occasion de cette interview "flash back", Soria revient avec une certaine émotion sur ce qu'elle a vécu.


"C'est arrivé comme ça. C'est le destin, mais je suis toujours la même. Ma vie n'a pas trop changé, je suis toujours agent de service dans des bureaux", dit-elle avec douceur.


Elle tient à préciser que "ce n'est pas pour l'argent, c'est pour l'histoire", celle d'une femme de ménage maghrébine, ne sachant pas parler français et qui seule, élève ses deux filles.


"Beaucoup de gens n'ont pas compris pourquoi je n'ai pas déménagé", sans aucun regret qui témoignerait de l'amertume, voulant simplement l'expliquer, elle dira que son cachet ne lui avait pas permis d'acheter une maison.


Parlant de son quartier dans lequel elle vit depuis son arriver d'Algérie, elle ajoute qu' "Ici, c'est calme, j'ai mes amis" et puis avec ce qu'elle a gagné, elle a "fait des cadeaux".


Soria n'a rien épargné,"rien mis de côté", mais elle "ne regrette pas".


Elle se remémore le moment où son frère, en lien avec la production, l'avait sollicité pour l'aider à trouver des femmes ou des jeunes filles pour le casting.


"J'ai appelé mes voisines, mes copines. On est allé à un casting, à Vénissieux. C'était fascinant, mais je me suis dit : "c'est pas pour moi+"


Soria sans y croire remplit une fiche de renseignements, puis retourne à son travail "faire le ménage dans une banque".

Reportage France 2 du 26/02/2016

Plus d'une dizaine de jours, après deux autres étapes du casting, la production lui communique par un appel téléphonique que c'est elle qui a le rôle.


"C'était irréel" (...) " cette histoire de Fatima m'a vraiment touchée, car c'est une histoire vraie et presque tous les Maghrébins vivent ça avec leurs enfants nés ici, qui ne parlent pas l'arabe".


Soria Zéroual est stressé pendant ces sept semaines de tournage durant l'été 2014 à Lyon et Marseille.


"Il y a eu des moments difficiles", comme lorsqu'elle refusa d'ôter son foulard pour une scène d'intérieur.


- "J'ai confiance en moi" (...) "J'ai dit +c'est le foulard ou pas de film+"


Face à ce refus, la production commande dans l'urgence une perruque imitant sa chevelure pour faire illusion.


Lorsqu'elle vu pour la première fois le film, c'était lors de la première à Cannes, elle a pleuré:


"je me suis dit +ce n'est pas moi, il faut être courageuse pour faire tout ça+. J'étais fière et mes enfants aussi".


"Avant, j'avais peur, maintenant j'ai confiance en moi"


Pour l'interprète du rôle "Fatima", "les choses sont arrivées très vite, Cannes, les Césars" et par la suite des invitations aux festivals du film au Maroc et à Dubaï, tout cela ne fut que du bonheur pour elle.


Canne, les marches du palais, le festival, c'était "comme un rêve de se retrouver avec des acteurs", dit cette femme, maman de 47 ans, mère de trois fils de 9, 12 et 13 ans et qui n'avait jamais été au cinéma avant.


Avec une modestie vraie, elle ajoute :


"les Césars, j'y suis allée juste pour voir comment ça se passe, pas pour prendre le César à quelqu'un qui a travaillé des années pour ça"


Aujourd'hui le César du meilleur film qui a été offert par le réalisateur Philippe Faucon, est dans la chambre de son dernier enfant.


Mais " c'est pas encore fini ", dit Soria.


Au mois de juillet passé, elle a fait un jour de tournage avec des jeunes dans un court-métrage de la réalisatrice Charlène Favier :

"Amir et Léa", l'histoire d'amour d'un jeune couple mixte. 


A la question de savoir si elle voulait faire d'autres films, elle répond : 

"Je sais pas, je dois m'occuper de mes enfants avant" (...) "J'ai fait tout ça pour eux, pour qu'ils fassent mieux que moi et qu'ils continuent leurs études"(...) "Moi c'est juste le destin! Mais eux, il faut regarder plus loin".

 

A.Dadi ( source AFP / Le Parisien )