Parole citoyenne, parole humaine : LES LUMIÈRES TE GUIDERONT?

par Julie Dénès  -  26 Février 2017, 12:19  -  #SOCIETE

LES LUMIÈRES TE GUIDERONT?


Aujourd'hui, je me suis réveillée à 6h30 comme d'habitude. Une demi-heure plus tard, je levais mes enfants.


A 7h45, j'étais devant la 1ere école, à 7h55 devant la 2ème.


A 8h05, je montais dans le RER A direction la Défense.


Aujourd'hui, en faisant un focus sur ce qui m'entourait j'ai remarqué:


- Une voiture en contrebas de la ligne de RER dans laquelle visiblement quelqu'un habite, stationnée sur un terrain vague devant ce qui semble être une énorme usine désaffectée.


- Un bidonville de l'autre côté coincé entre la Seine et un parc, des enfants très chaudement vêtus couraient entre les habitations de fortune. Il fait 5 degrés dehors. Certains ont l'âge des miens.


- Des bouchons sous le pont que traversait mon train, dans les 2 sens. Et d'imaginer les conducteurs à l'intérieur.
 

- Des immeubles d'habitation immenses de part et d'autre de la ligne, et de me dire, pourvu que jamais je n'y vive.
 

- Un levé de soleil magnifique.
 

- Des voyageurs assis, debout, lisant, écoutant de la musique, s'ignorant, pourtant enfermés dans cette promiscuité. J'avais envie de leur parler.

Une fois n'est pas coutume, mon train est entré en gare relativement à l'heure. Je me suis dirigée comme tout le monde vers les escalators.

Parole citoyenne, parole humaine : LES LUMIÈRES TE GUIDERONT?

A gauche, ceux qui montent en gravissant les marches, à droite les statiques.
 

J'ai sorti mon Pass Navigo et suivi le troupeau jusqu'à mon bus.


En chemin, j'ai vu:


- Des robots, des esclaves, des êtres humains, des corps fatigués, d'autres plus agiles, un joueur de flûte, de la pub, des distributeurs de boissons et de confiseries, des boutiques, des militaires, des agents de sécurité, et...
une femme enceinte assise par terre, à côté d'elle un enfant dormait emmitouflé dans une poussette. Et de remarquer que d'habitude c'est un vieux Monsieur qui se tient à cette place et qui, comme elle, fait la manche. Je me suis arrêtée pour lui donner le peu de monnaie que j'avais, la saluer et lui sourire. Mes enfants à moi sont à l'école, au chaud.


En partant, je me suis demandée où était le vieux Monsieur, celui auprès de qui je manque parfois de m'asseoir pour regarder passer cette foule qui frappe du pied sur le sol d'un même pas lourd et sourd, cette foule mécanique, qui ne le voit pas.


J'ai pris mon bus et j'ai suivi le parcours habituel. J'ai trouvé que la ville était belle.

Des femmes et des hommes couraient dans tous les sens, armés de poussette , de mallettes, ils tentaient de rattraper le temps. Une file d'une dizaine de personnes faisait déjà le pied de grue dehors devant le centre médical.

A l'approche de mon arrêt, je n'ai pas eu envie de descendre, je voulais savoir jusqu'où allait le bus que je prends tous les matins. Mais il était temps pour moi aussi de rentrer dans le moule.


Parce qu'au moment où j'écris, il y a bien pire ailleurs, plus misérable, plus violent, plus accablant, plus mortel. Et aussi, plus beau.

Ceci n'est pas une plainte, ceci est un constat, des faits, l'absurdité d'un monde que nous avons bâti, dans lequel nous sommes enfermés, que nos politiques ne connaissent pas, celui que je ne veux pas pour mes enfants.

Et pendant tout ce trajet, j'ai écouté en boucle Coldplay "fix you", la rage au ventre, les larmes aux yeux.


"Lights will guide you home"
Les lumières te ramèneront chez toi...
Les lumières te guideront sur ton chemin...

(Ton pied mon pied, allons seulement...)

de Julie Dénès